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<rss xmlns:itunes="http://www.itunes.com/dtds/podcast-1.0.dtd" xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/" xmlns:taxo="http://purl.org/rss/1.0/modules/taxonomy/" xmlns:rdf="http://www.w3.org/1999/02/22-rdf-syntax-ns#" xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/" version="2.0"><channel><title>Deux romans de Dimo Raikov - Commentaires</title><link>http://dimoraikov.skyrock.com/</link><description>Dimo Raikov qui a gagné de nombreux admirateurs avec ses livres « Paris, mon Paris « et « BG émigrant à Paris », a fait paraître un nouveau livre qui regroupe deux romans « Lettres au frère mort » et « La Pension ». « Ces deux romans bénits par Vanga vont transporter le lecteur à une période cruciale de l’histoire de la Bulgarie » - déclare l’écrivain. Les romans sont écrits avant les changements de 1989 et relatent l’esprit d’une époque qui ne devra pas être oubliée. Une époque qui continue à avoir ses analogies jusqu’à nos jours. Les textes sont maintenus dans leur variante authentique, ce qui permettra aux lecteurs d’avoir une idée de l’attitude de l’auteur, en tant que créateur et citoyen, vis-à-vis des événements dont il a été témoin. En fait le livre Lettres au frère mort. La Pension. Deux romans bénits par Vanga, édité par l’édition « Hermes », représente une sorte de provocation de la part d’un écrivain contemporain bulgare vers le lecteur de nos jours. En lui offrant deux romans écrits il y a plus de 20 ans, Dimo Raikov rend transparent l’adage « Les vivants ferment les yeux des morts et les morts ouvrent ceux des vivants. » ; il ne faut pas oublier le passé mais aussi il ne faut pas vivre sans cesse et uniquement avec… Le non-respect de la dignité humaine, la maltraitance de l’Esprit, le moulage des individualités et l’oubli des racines sont, selon l’écrivain, les crimes les plus odieux qui ne doivent jamais rester secrets ni sous-estimés. Toute société dont les fondations reposent sur l’oppression, le « tondage »de la dignité de l’autre, le manque de pitié pour le semblable est condamné à mort lors de son vivant. Les deux romans de Dimo Raikov, créés avant 1989, tout en étant une subtile analyse singulière de cette époque-là, que l’auteur talentueux nomme « temps mort », sont en effet un appel vers les contemporains pour plus d’ « humain dans l’homme ». « Lettres au frère mort » et « La Pension » sont des romans criant plus de spiritualité, imprégnés de la profonde amertume que l’harmonie brisée chez l’homme moderne provoque dans l’âme de l’auteur. Cette information fournie par L'Agence Télégraphique Bulgare /BTA/ et traduite de bulgare en français par Mario Dobchev Dimo Raikov,Le Pensionnat (p.p. 197 – 200) - Debout, les bleus ! Que veut-il, celui-là ? Petit, carré, tiens, il semble qu’il n’a pas de corps – juste deux jambes et une tête… J’ai failli rire. - Bleus, debout ! Une voix rauque, déguenillée. J’ai du mal à me ressaisir. Le petit s’arrête à côté de mon lit. -Eh, toi, tu ne te lèves pas, hein ? -Pardon ? – égrené-je. Je me sens frissonner – ai-je peur ? -Ha, ha, ha – Un rire froid. – Ha, ha, ha ! « Pardon ».Vous l’avez entendu, il va me faire crever ce mec, oh-la-la… Sur ce, le Carré s’est mis à tournoyer comme une poule bourrée. Puis, tout d’un coup il s’est arrêté – cette fois sa voix était glaciale. -Descends ! Je suis descendu. - Prénom ! - Dimo. - D’où viens-tu ? - Du bourg de Tranovo. - Bon ! – Et les petits yeux ont braqué leur regard haineux sur les miens. Une courte paume en boule – paf ! Je me suis écroulé sur le sol. - Lève-toi ! Mes oreilles bourdonnaient. Mes tempes brûlaient. Une sacrée claque. Mais pourquoi ? Qu’est-ce que j’ai fait ? Avant, quand on me giflait, il y avait au moins une raison. Mais maintenant – pourquoi ? La main en boule m’a atteint de nouveau – paf ! Pourquoi ? Dis-moi pourquoi ? - Ecoute, espèce de bâtard – la méchante voix répandait sa glace, - tu vois cette main ? Eh bien, je la voyais – avec sa courte paume en boule et ses doigts charnus comme des saucisses… - Bon, tu vas regarder ici, bougre de bâtard, ici ! Toi, tu es un bleu. Tous dans ce dortoir, vos êtes des bleus. Des recrues, ha, ha, ha, et l’ancien c’est moi. Et je suis l’ancien, parce que je l’ai mérité. Voila pourquoi vous allez regarder cette main ! Et vous allez lui obéir ! Je restais planté, muet de stupeur. Je me suis retourné – des têtes baissées, des épaules frissonnantes – il semblait que mes colocataires avaient été tout d’un coup hypnotisés par la voix déguenillée et attendaient la faveur du corps carré. Mais d’où venait donc cette docilité ? Comment ce petit homme a su tous nous paralyser ? Et qu’est ce qui attisait sa méchanceté… Silence. Ebranlé uniquement par ma pleurnicherie, je ne pouvais pas l’arrêter. Ni les questions qui ont envahi soudainement ma tête. - Viens ici ! La paume en boule m’a donné une allumette. Et maintenant, que veut-il, celui-là ? - Commence à mesurer – d’un bout à l’autre. Et fais attention parce que je connais la distance jusqu’au dernier millimètre. Jusqu’au dernier, bâtard, tu comprends ? Fais attention… Cette fois-ci, je ne concevais rien. Mesurer avec une allumette cette énorme salle ?... Pourquoi ? Et à quoi ça sert ? - Pourquoi restes-tu planté, hein ? Un coup – je tombe. Une brume de silence. Des dizaines de regards braqués sur moi. Je suis à genoux. - Compte ! A haute voix ! Compte ! Rampe ! Ne lève pas la tête, rampe ! Mes lèvres brûlent. Ma langue est engourdie. Je commence à ramper. - Un, deux, trois… De la poussière, une toile d’araignée, dix, onze… un sanglot se déboule de mon intérieur, un frisson s’épanche, je pleure – des larmes profondes, venant de dedans… Vingt-trois, vingt-quatre… Pour la première fois dans ma vie je rampais ainsi courbé en deux. Et de l’extérieur, à travers les fenêtres délabrées, s’engouffrent les bruits de la Grande ville. Je me redresse, je prête l’oreille. Je souris. - Pourquoi ris-tu, sorte de bâtard ? Un coup – ma figure mord le sale plancher. Du sang. Mon nez devient gluant. Mes lèvres – aussi. Je me redresse. « Où est ici la vérité – murmuré-je – où est – elle ? » Et j’avance – face à la paume en boule. Je lève le bras. -Oh ! bleu de chez bleu ! – Le visage rugueux du petit est étonné. -Tu veux te battre, hein ? – Et de la joie, mon dieu, de la joie germe dans ses yeux de souris… - Ah, le bâtard…Vous avez vu, recrue de chez recrue, je vais t’écraser. Et en plus, j’aurai complètement raison – pas vrai les bleus, il fond sur moi, sur votre aîné Pecho ! Je me ressaisis dans le lit. Mon visage colle. Mon oreiller est imbibé de sang et de larmes. Un flux de lumière. - Lève-toi ! Lève-toi, bâtard ! La paume en boule… Je me lève. Je regarde autour de moi. Je cherche les yeux des bleus. Je cherche leur voix… Le silence est total. - Commence, bâtard. Compte ! - Un, deux… - Compte, compte ! Recommence, recommence. Encore une fois, encore… Pecho la Mort… Dimo Raikov, Le Pensionnat (p.p. 212 - 215) La voix glaciale nous a cinglés: « Debout, les bâtards! » Et la lumière de la lampe a jailli. Pecho la Mort. Entouré des anciens. - Allez, les bleus! Vite, hein, vite, les bâtards! C'est alors que nous l'avons aperçue. La petite machine. La fameuse machine manuelle à tondage. Nettoyée à briller. Tremblante d'impatience. Machinalement j'ai levé la main – comment se faisait-il que mes cheveux s'étaient dressés? - Voilàaa, les bâtaaards, chacun son tour. Et ne traînez pas, hein. Et soyez sages - vous allez voir que votre aîné Garo-ne-rigole-pas est nul par rapport à votre aîné Pecho. Quelles belles têtes allez-vous avoir, mes mignons... Les anciens retenaient leur souffle – leurs yeux frémissaient... A cause de quoi? Nous nous sommes alignés. La salle sentait le sommeil. Devant nous – une chaise de bois. A côté d'elle – Pecho la Mort. Sa main droite serrait la tondeuse. Oh, et comme son visage était radieux? - Toi, toi, toi... Nous nous asseyions silencieux l'un après l'autre sur la chaise. C'était avec une vraie délice que Pecho la Mort mettait sa main gauche sur le cou de chacun des bleus – ses doigts charnus mordaient notre chair. Nous baissions la tête – le regard vers le sol. Nous étions prêts à tout – la Mort pourrait faire de nous tout ce qui lui plairait. Les dents usées de la petite tondeuse dévoraient avidement les portions de cheveux. La douleur était insupportable. Nous nous taisions. Les lourdes mèches tombaient d'un seul coup et les doigts charnus s'enfonçaient davantage dans la chair fragile. Avec quelle passion la main droite de la Mort serrait la petite machine! Et pourquoi les anciens guettaient, un sourire et une flamme dans les yeux, chacune de ses précipitations dans nos cheveux? Nous nous taisions. Nous regardions le sol. Et l'amas croissant de lourds cheveux d'adolescents, l'éclat duquel éblouissait nos yeux. Lorsque le dernier de nous a libéré la chaise, Pecho a fait signe de tête vers les anciens et, une seconde plus tard, un miroir a apparu. Pourquoi? Qui est-ce qui en avait besoin? Mais le sourire malicieux de la Mort nous a dégrisés. Ce n'était qu'à ce moment même que nous avons pris conscience de ce que Pecho la Mort avait fait de nous. Nous étions tous semblables. L'ancien qui portait le miroir était suivi d'un autre ancien. Ce dernier, avec un énorme sac sur le dos. Le sac a dévalé sur le plancher. Un nuage de poussière et derrière le nuage – un tas de vêtements. Des pantalons, des vestes... jaunes, d'un jaune éclatant. L'uniforme. Notre uniforme. Gratuite, nous en avions le droit, étant élèves à l'Ecole des Mines. La couleur vive me rendait aveugle. Le pantalon a épousé mon corps. La veste – aussi. Oui, tout m' allait parfaitement. Je me suis réjoui – c'étaient vraiment de beaux vêtements... Tout à coup autour de moi – en fait dans le miroir d'en face – a apparu le même pantalon, puis un autre... Et davantage... Un tas de vêtements en jaune vif... Et des têtes tondues jusqu'à la peau... Soudain, devant mes yeux a éclaté un épisode de mon dernier printemps dans le bourg de Tranovo. Une herbe abondante avait poussé dans le parc. Une herbe folle, bouffie du flux des sèves... Ainsi que des soucis, des mille-pertuis... Avec cette odeur de tiges fraîches qui enivre les sens. Une tondeuse à herbe a vrombi. Tondeuse chevauchée par un jeune homme dont le corps s'exposait impudiquement au soleil – des muscles flexibles et palpitant de santé au milieu de cette mer de tiges agitée... La tondeuse a sursauté – soufflant un nuage d'essence. Avec quel acharnement pourtant le gaillard appuyait sur la pédale – fonce! Fonce! Et l'herbe abondante s'est mise à tomber, abattue. Terrassée, docile – les mille-pertuis et les soucis ont brusquement disparu... Tout est devenu monotone – le vent avait beau à souffler plus fort, l'enchantement avait déjà disparu. Il n'y avait plus cette mer abondante et agitée. Il n'y avait plus ces vagues – anxieuses, essoufflées. Mais des vagues quand-même... En échange – une surface plane, inanimée... Sans couleur ni odeur – non, tout cela était incroyable. Comment tout d'un coup cette odeur qui affolait les sens s'est-elle estompée? J'ai regardé autour de moi. Mes camarades, où avaient-ils disparu? Des visages ternes. En fait, un seul visage. Des épaules silencieuses, baissées, le regard – vers le sol. J'ai senti mes yeux se mouiller. Les autres bleus pleurnichaient, eux aussi. Et cette joie dans les yeux de Pecho la Mort – avec quelle jubilation seulement le petit homme nettoyait la petite machine, soigneusement, avec amour (oui, avec amour), il a évacué les cheveux, en soufflant sur sa bouche ébréchée – puis, plus doucement encore, d'une manière câline, l'a emballée dans un papier... Le miroir miroitait... - Voilàaa, les bâtaaards. Nous avons fait du bon travail. Il n'y a plus Ivan, ni Dragan – voilàaa, vous êtes tous des bleus – tondus, habillés de la même façon, voilàaa. Où la chèvre est attachée, il faut qu'elle broute. Puisque vous êtes des bleus, pas de droit aux 3 copines! - (A ce moment les yeux du petit homme, ces yeux de souris qui flamboyaient de haine, se sont collés sur moi.) - Oui, voilàaa, pas donc de filles, pas de manières, les cheveux - coupés ras, têtes rasées de chez rasées, ah! les bleus de l'aîné Pecho... Allez, mignons, nettoyez-moi maintenant le sol... Et nous nous sommes saisi fermement aux manches des balais apportés au préalable. Déjà le pleurnichement avait cessé, seulement on entendait de temps à autre un gémissement: les balais faisaient leur travail – nos cheveux abondants ont fini par être réunis en amas. Je n'oublierai jamais l'aspect de ces entassements de mèches que le désir de vie faisait encore vibrer – elles me rappelaient alors ces fleurs de jardin fraîches, nouvellement coupées, qui avaient germé solennellement sur le folio jaunâtre du cercueil de l'énième mort du bourg de Tranovo partant vers le néant. A ces moments-là, imprégnés d'encens et de fantômes, j'étais assailli par une seule question – comment se faisait-il, soit en hiver, soit en été, que le défunt était toujours couvert de fleurs fraîches... Et étaient-elles utiles à l'homme endormi? Des cheveux denses d'adolescents, cheveux froissés et souillés de poussière – inutiles, que personne ne voudrait. Pourquoi ai-je pourtant surpris dans les yeux des anciens cette flamme d'avant? D'où venait-elle chez eux, nos aînés d'un ou deux ans, cette passion – comme si l'aspect des cheveux morts les réjouissait? Pour la première fois dans ma vie je rencontrais la cruauté, mais pas n'importe quelle, la cruauté collective. Sans visage, sans nom concret – générale et à cause de cela, peut-être, une cruauté de personne. Anonyme, mais impérieuse – parce-que: « Mes élèves, sachez que le droit appartient au collectif. Lui, le collectif, a toujours raison ». Les paroles que l'éducateur Kolarov avait prononcées à notre première rencontre ont surgi en moi à ce moment. Pourquoi? A qui servait un tel droit? Et n'était-ce lui notamment qui nourrissait le mal chez des individus comme Pecho la Mort?... Le miroir oscillait – des uniformes jaunes, d'un jaune éclatant. Et une multitude de têtes rasées. Identiques. Sans couleur. Un énorme visage unique. En fait, y avait-il vraiment un visage?... Traduction: Mario Dobchev</description><sy:updatePeriod>daily</sy:updatePeriod><sy:updateFrequency>1</sy:updateFrequency><sy:updateBase>2012-04-02T13:28:13Z</sy:updateBase><dc:creator>dimoraikov</dc:creator><dc:date>2012-04-02T13:28:13Z</dc:date><dc:language>fr</dc:language><dc:rights /></channel></rss>

